Romans et scénarios, retour aux sources littéraires de l' oeuvre cinématographique du grand Hitchcock.
Focus sur les valises, sacs à main et vanity..
Hitch pris la main dans le sac !

mercredi 17 juillet 2013

L'inconnu du Nord-Express @ Patricia Highsimth - Alfred Hitchcock




Strangers on a train parut en 1950,  Hitchcock l'adapta un an plus tard au cinéma sous le même titre.
Même titre donc, mêmes personnages principaux, même trame (fabuleuse), mais l'histoire bifurque finalement et indéniablement chez le réalisateur comme si son train à lui prenait un aiguillage différent... Normal, nous sommes au cinéma, et Hitch, tout en adorant le roman de dame Patricia, se doit de concentrer l'action, de la recentrer afin d'en augmenter le fameux effet, le terrible suspens... 

Les rails, deux destinées, deux voies différentes qui finissent par s'unir, ici pour le pire. En quelques images tout est dit.

Le propos (commun) est simple et diabolique, deux hommes qui ne se connaissent pas, deux étrangers l'un à l'autre, se croisent dans un train, échangent quelques paroles en apparence bien anodines pour en arriver à un pacte (unilatéral en vérité), où l'un tuera pour l'autre et réciproquement. Véritable chassez-croisé, échange de meurtres qui pourrait bien rester impuni tant il est vrai que le mobile est souvent la pierre d'achoppement, ce qui fait tomber le meurtrier, le désigne aussitôt aux enquêteurs comme LE coupable... Bref, le crime parfait... 
 "Ecoutez : chacun de nous tue pour le compte de l'autre, vous comprenez ? Je tue votre femme et vous tuez mon père ! Nous nous sommes rencontrés dans le train et personne ne sait que nous nous connaissons ! Nous avons un alibi parfait ! Vous saisissez ?

Le seul "hic" est que ni l'un ni l'autre ne sont en fait sur la même longueur d'onde. Celui qui aborde l'autre s'exprime avec effervescence et échafaude le plan assassin, parle littéralement pour deux comme partant du principe que l'autre suivra quoiqu'il arrive car il a tout à y gagner (ce qui dans les faits est vrai...). Le bavard s'appelle Bruno, porte son nom sur sa cravate, est un jeune homme oisif, riche, mais doté d'un père selon ses dires monstrueux et omnipotent (qui le prive de ses revenus, de sa liberté etc...). Mais surtout, il est étrange et vaguement inquiétant... Très rapidement, il perce à jour son interlocuteur, s'arrangeant, tout en parlant abondamment de lui, pour l'interroger et finalement tout connaître de sa vie (ce qui est assez simple dans le film puisque Guy y incarne un joueur de tennis déjà réputé faisant la une des journaux, plus compliqué dans le roman où il est un jeune architecte prometteur mais encore inconnu...)
A vrai dire, à l'instant T de leur rencontre dans le train, Guy est dans une situation assez délicate, séparé depuis quelques temps déjà de sa femme, Myriam  qui le trompe, et le tourne en ridicule,  il a depuis rencontré une jeune femme (riche de surcroit) qu'il aimerait épouser. Il se rend justement en train à Metcalf pour discuter avec sa future ex femme des termes de leur divorce, il vient d'apprendre qu'elle attend un enfant (dans le roman), il ne le sait pas encore (dans le film).. 
Myriam est en vérité le seul obstacle potentiel à son futur bonheur... Il est vrai que sa disparition simplifierait tout..
Mais Guy est un homme "bien", jamais il ne se résoudrait à tuer, jamais... quand il semble approuver Bruno de guerre lasse et après quelques protestations timides, il ne se doute pas un seul instant en quittant le train que pour Bruno, le pacte est bel et bien scellé. La machine est prête à être lancée...

Si l'on retrouve les éléments essentiels du roman dans le film, les personnages principaux, les principaux lieux, les points clefs de l'intrigue, l'histoire diverge considérablement dès la fin du premier tiers, toute une partie de l'intrigue disparaît pour se recentrer sur le motif principal du tapis...

Le roman de Patricia Highsmith est un petit chef d'oeuvre du genre, mêlant suspens, analyse psychologique très fine, le thème du double meurtre  pour aussi crucial qu'il soit et passionnant lui permet en fait d'aborder ce reflet inversé et diabolique que nous cache le miroir et qui pourtant existe même pour le meilleur d'entre nous. Bruno et Guy, dans le roman, ne seraient-ils pas les deux faces d'une même pièce, des jumeaux en négatifs ?
En chacun de nous, il y a un petit côté schizophrène qui se cache et ne s'avoue guère, en chacun de nous cohabitent l'ombre et la lumière, mais on ne veut surtout pas le savoir. La tentation du pire... et pour certains le passage à  l'acte, terrible, inexplicable.
C'est ce que découvre Guy avec horreur et une certaine fascination, ce qui redouble bien sûr son sentiment de culpabilité et de honte. D'une certaine façon, dès le premier meurtre, il se sait coupable, et il EST coupable, même s'il n'a encore rien fait, même s'il est encore l'homme droit et intègre que tout le monde connaît et reconnaît.
Dans le film, le propos est moins ambigu, Bruno est fou, cela se voit, cela crève l'écran ( et c'est d'autant plus angoissant - c'est la folie démoniaque qui mène le jeu) tandis que Guy reste jusqu'au bout le jeune homme pur et innocent (même s' il a bien tenté dans un mouvement de colère de prendre son ex femme à la gorge et de serrer bien fort, devant témoins qui plus est, le propos est en fait de créer un élément à charge supplémentaire...). Chez Hitch, il ne rentre pas dans le jeu diabolique et meurtrier de Bruno, ce qui, il faut bien l'avouer, diminue considérablement l'intérêt et l'épaisseur du personnage.... Il reste un peu falot, alors que dans le roman, il est passionnant et angoissant à la fois (tout lecteur peut s'identifier à lui et à sa lente descente aux enfers).
(A la toute fin toutefois, le Guy "hitchcockien" dira de Bruno, qu'il était un homme "fort" ou quelque chose du genre. Clin d'oeil non masqué au dilemme et à l'ambiguité du personnage d'Highsmith.)

Et pourtant, le film est lui aussi une parfaite réussite. En recentrant l'intrigue, en la "défrichant", Hitch resserre le noeud de la corde et parfait la tension dramatique de son oeuvre. Ses mots à lui ce sont les images, et force est d'avouer que la rencontre entre les deux hommes est d'une puissance évocatrice magique.


Jusqu'au wagon restaurant, nous ne verrons d'eux que leurs chaussures, et leurs valises. Des hommes troncs qui se hâtent vers le même train, des chaussures aussi différentes que le sont leurs personnalités respectives (une paire marron très classique, une autre bicolore, un peu dandy, un peu mauvais garçon).


La caméra ne dévoilera leur visage que lorsque l'une paire heurtera l'autre au wagon restaurant... L'image des rails qui se croisent pour ne plus en former qu'une, et de ces chaussures qui font au même moment peut-être connaissance, évoquent le DESTIN, quelque chose écrit d'avance.... C'est dingue, c'est merveilleux. C'est Hitch tout simplement.
Et que dire de la scène du meurtre reflétée dans les lunettes de la victime, image déformée et grotesque ? Du match de tennis (quoi de plus stressant qu'un tournoi de tennis ?) dont la vie de Guy dépend (et pas seulement sa victoire...).
De l'assassin repérable entre mille dans la foule et dans les gradins, parce qu'il est le seul à ne pas tourner la tête pour suivre la balle...


Du grand art cinématographique, des images que l'on peut revoir et revoir encore, sans jamais s'en lasser...

Evidemment, Hitch a eu raison de simplifier l'intrigue du roman, évidemment, même si la "chûte" de Patricia Highsmith est beaucoup plus tonitruante et séduisante. Mais Le réalisateur pouvait-il se le permettre ? Pas sûr que la censure Hollywoodienne eut été d'accord...

Les deux oeuvres, bien que liées resteront à jamais autonomes et géniales, chacune de leur côté. 
Il faut lire Patricia Highsmith et s'immerger dans les images du maître du suspens, l'un, au final, ne va pas sans l'autre pour qui aime l'un et l'autre .

"Si vous avez aimé le livre, voyez le film. Et si vous avez aimé le film, lisez le livre !",  écrivait Hitch.

On ne peut que s'empresser de suivre son avis !

A noter la jolie apparition de Patricia Hitchcock, dans un rôle qui semble presque taillé sur mesure (le personnage n'existe pas dans le roman, mais rajoute un élément dramatique au film par la ressemblance entre Pat et l 'ex femme de Guy, notez bien les lunettes :)


"Il sentait deux êtres en lui, l'un capable de créer et d'être en parfait accord avec Dieu quand il créait, et l'autre capable d'assassiner. "N'importe qui peut tuer", avait dit Bruno dans le train. L'homme qui avait expliqué le principe d'encorbellement à Bobbie Cartwright voici deux ans à Metcalf ? Non, pas plus que l'homme qui avait fait les plans de l'hôpital ou même du grand magasin, ou qui s'était demandé la semaine dernière de quelle couleur il allait peindre une chaise métallique de jardin ; non, celui qui pouvait tuer, c'était l'homme qui la veille au soir avait jeté un coup d'oeil dans le miroir et qui un instant y avait aperçu le meutrier, comme un frère dont on cache l'existence."
Patricia Highsmith.

jeudi 13 juin 2013

Blog en construction

Le temps me prend à la gorge...

Mais ce n'est plus l'affaire que d'une ou deux semaines!
D'où la réactualisation de ce billet pas moins de 3 ans plus tard...